Années de guerre

Mobilisé dès 1939, Robert Bucaille passera l’essentiel de la seconde guerre mondiale dans les geôles allemandes, où il est emprisonné à partir de juin 1940. Ses multiples tentatives d’évasion lui valent d’être transféré au camp de Rawa-Rushka (aujourd’hui en Ukraine), le plus éloigné de la France et situé hors des conventions de Genève. Ce camp de représailles, le stalag 135/325, fut l’un de ceux dans lesquels les conditions furent les plus difficiles et que Churchill surnomma « le camp de la goutte d’eau et de la mort lente ». Bucaille y vécut deux années de travail forcé dans des conditions sanitaires (un robinet d’eau non potable pour 25 000 prisonniers) et climatiques (saisons hivernales de 5 mois à -20 ou -30°C, étés caniculaires) déplorables.

Pendant ses années de détention, selon les lieux et possibilités qui s’offrent à lui, Robert Bucaille arrive à trouver différentes sortes de supports (morceaux de papier, cartons…) sur lesquels il peut aposer les couleurs qu’il a pu réussir à trouver. Réalisés avec le peu de moyens qui pouvaient être mis à contribution, ces témoignages ont été confisqués ou perdus dans les différents camps où il fut emprisonné, à l’exception de quelques gouaches réalisées à Hanovre au printemps 1944.

Très sombres, ces oeuvres réalisées en Allemagne à la fin de la guerre témoignent de la douleur, mais sans dramaturgie. Ces petites gouaches, qui « oscillent entre la figure et l’abstraction et reflètent bien le drame vécu » (J.L. Dufrêne cité par C. Gallier, « Du Roule à la Butte »), ont fait l’objet d’une exposition au musée de la Libération de Cherbourg en 2001. Le conservateur Jean-Luc Dufrêne soulignait alors que Robert Bucaille « révèle dans ses gouaches la vision d’un monde fantasmagorique, marqué par le drame de l’Histoire » (La Presse de la Manche, 19 décembre 2001).